
Héloïse et Abélard |
L'influence d'Héloïse
La Madeleine doit sa fondation au succès de l'Abbaye du Paraclet, implantée en 1122 près de Nogent-sur-Seine par Pierre Abélard. Abélard était déjà reparti en Bretagne lorsque vers 1130 Héloïse devint abbesse du Paraclet. Bien que les débuts du Paraclet aient été très pauvres, les nombreuses qualités d'Héloïse attirèrent en peu de temps la reconnaissance des papes, des rois de France, des abbés de la région et les nombreuses donations des laïcs. Héloïse était en outre chef d'ordre et son succès au Paraclet favorisa bientôt la fondation de prieurés-satellites.
Fondation du prieuré des bénédictines de Sainte Marie-Madeleine
Le prieuré des bénédictines de Sainte-Marie-Madeleine fut le premier établissement religieux bâti sous la dépendance du Paraclet. Il fut fondé en 1142 par un prêtre nommé Gondri ou Gundricus, avec la protection du seigneur du Chateau de Traînel, Anseau Ier, qui fît don du terrain et qui dota généreusement les nouvelles religieuses.
À titre d'abbesse, il est certain qu' Héloïse visita le nouveau prieuré, distant du Paraclet de quelques kilomètres seulement. L'une de ces visites est attestée en 1144, à l'occasion d'un rendez-vous avec l'abbé Norpand pour examiner des questions d'intérêts entre l'abbaye de Vauluisant et celle du Paraclet, sous l'arbitrage d'Anseau Ier et de sa famille.
L'abbesse du Paraclet avait droit de nomination et de visite au prieuré de Traînel. De son côté, la prieure de Traînel participait à la nomination de l'abbesse du Paraclet, avec semble-t-il une certaine primauté sur les autres prieurés due sans doute à son ancienneté.
François Ier contre la prieure de Traînel
En 1543, l'abbesse du Paraclet, Charlotte de Coligny, vint à mourir. Sa remplaçante fut élue selon l'usage et c'est la prieure de la Madeleine, Réginalde d'Avaly, qui fut nommée. Mais, contrairement à l'usage, le roi intervint : François Ier nomma Madame de Bonneval et la maintint malgré les protestations des religieuses. Le 14 mai 1543, les ordres de Rome arrivèrent, confirmant la nomination royale : la prieure de Traînel dut se retirer.
Départ pour Melun
À la fin du XVIe siècle, les guerres de religion, des bandes de reîtres et de brigands locaux dévastèrent la contrée, obligeant les religieuses de la Madeleine à trouver un séjour plus sûr. Elles furent accueillies à Melun en 1629 avec la bénédiction de l'archevêque de Sens, et on leur donna même les boulevards de la ville pour jardin. Mais la guerre les rejoignit et les soeurs durent quitter leur maison et leur jardin, manu militari.
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Louise Adélaïde d'Orléans |
La Madeleine de Traisnel ... à Paris
Les bénédictines se réfugièrent en 1652 à Paris, où elles achetèrent une propriété dans le faubourg Saint-Antoine, lieu-dit La Croix-Fauxbin, actuellement 100, rue de Charonne.
En 1654, la prieure vendit la maison de Melun et acheta des maisons et un jardin. L'ensemble de ces bâtiments constituait le couvent de la Madeleine de Traisnel, ainsi nommé d'après le lieu d'origine de ses religieuses. Bientôt, les dons affluèrent grâce à la protection spéciale de la reine-mère. Le 20 avril 1664, Anne d'Autriche posa la première pierre du bâtiment situé sur le jardin et donna 9000 livres. Madame Catherine de Latteignant fit bâtir une chapelle dédiée à la Sainte Vierge.
Un sérail d'abbesses et de novices
Il ne semble pas que ces richesses aient augmenté la dévotion des religieuses puisqu'un roman d'Alexandre Dumas, Le chevalier d'Harmenthal, paru en 1841 mais dont l'action se situe sous la Régence en 1718, décrit le couvent de la Madeleine de Traisnel, faubourg Saint-Antoine, comme un "sérail" où "une abbesse de vingt-six ans et des novices de quinze" reçoivent dans un " boudoir en étoffe des Indes ravissant et des cellules tendues en toile peinte!". Un personnage du roman, le lieutenant de police d'Argenson, s'est même fait construire, sous un faux-nom, une maison mitoyenne qui lui permet d'entrer à toute heure dans le couvent par une porte dérobée et d'y passer des soirées "à se faire gratter la plante des pieds, et à se faire lire, par les épouses du seigneur, les placets qu'il a reçus dans la journée."
Louise-Adélaïde d'Orléans
L'ambiance galante du roman de Dumas paraît bien révolue en 1731, puisque Louise-Adélaïde d'Orléans, nièce de louis XIV et abbesse de Chelles, décida de se retirer à Paris au couvent de la Madeleine de Traisnel pour y faire pénitence de ses fautes passées. Elle édifia la communauté par sa dévotion et ses renoncements, et grâce à son intermission le couvent reçut de l'abbaye de Chelles un reliquaire contenant le vénérable fémur de Sainte Bathilde.
Louise-Adélaïde d'Orléans s'éteignit au couvent de la Madeleine de Traisnel le 20 février 1743.
Il ne reste guère de cet endroit qu'une portion des arcades de la façade, l'ancien clocher et quelques bâtiments.
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