Photo Marc Lavrillier, publiée dans L’Œil mai 1967. Droits réservés. © 2001 Succession Marcel Duchamp
ARS, N.Y. / ADAGP, Paris. |
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| À propos des Readymades
« En 1913 j'eus l'heureuse idée de fixer une roue
de bicyclette sur un tabouret de cuisine et de la
regarder tourner. [...]
À New-York en 1915 j'achetai dans une
quincaillerie une pelle à neige sur laquelle
j'écrivis: "En prévision du bras cassé" (In advance
of the broken arm)
C'est vers cette époque que le mot
readymade me vint à l'esprit pour désigner
cette forme de manifestation.
Il est un point que je veux établir très
clairement, c'est que le choix de ces readymades ne me fut
jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était
fondé sur une réaction d'indifférence visuelle, assortie au
même moment à une absence totale de bon ou mauvais goût... en
fait une anesthésie complète.
Une caractéristique importante: la courte phrase qu'à
l'occasion j'inscrivais sur le readymade. Cette phrase, au lieu
de décrire l'objet comme l'aurait fait un titre, était destinée à
emporter l'esprit du spectateur vers d'autres régions plus
verbales. [...]
Une autre fois, voulant souligner l'antinomie fondamentale qui existe entre l'art et les readymades, j'imaginai un "readymade réciproque" (Reciprocal readymade) : se servir d'un Rembrandt comme table à repasser!
Très tôt je me rendis compte du danger qu'il pouvait y avoir à resservir sans dicrimination cette forme d'expression et
je décidai de limiter la production des readymades à un
petit nombre chaque année. Je m'avisai à cette époque que, pour
le spectateur plus encore que pour l'artiste, l'art est une
drogue à accoutumance et je voulais protéger mes
readymades contre une contamination de ce genre.
Un autre aspect du readymade est qu'il n'a rien d'unique... La
réplique d'un readymade transmet le même message; en fait
presque tous les readymades existant aujourd'hui ne sont
pas des originaux au sens reçu du terme.
Une dernière remarque pour conclure ce discours
d'égomaniaque : comme les tubes de peinture utilisés par l'artiste
sont des produits manufacturés et tout-faits, nous devons
conclure que toutes les toiles du monde sont des readymades
aidés et des travaux d'assemblage. »
Marcel Duchamp, texte écrit à l'occasion d'un colloque en 1961, DDS p.191-192
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| In advance of the Broken Arm, New York, 1915. | |
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